Conçus pour protéger, les Polystyrènes sont des non-objets dont l’utilité s’efface aussitôt leurs hôtes sortis de l’emballage. Espèce en voie de disparition leur espérance de vie est éphémère. Blancs comme des ossements, traces fantomatiques pas assez fragiles pour être absorbés par la nature ils se dégradent lentement dans nos paysages sans disparaître pour autant. Comment ces témoins des produits qu'ils protégeaient peuvent-ils être jetés, oubliés, effacés de nos mémoires ? Leur présence ici témoigne de nos échanges pendant cette période d’insouciance écologique qui a marqué l’ère du tout plastique. Les voilà sacralisés par la photographie, chacun portant en lui le mystère de l'objet qu'il protégeait. La série des Polystyrènes est composée d’une centaine d’images assemblées tel un catalogue industriel. Au-delà de la polysémie liée à ces objets éphémères, fragiles, sécurisants et symboles de notre surconsommation, ce travail est un hommage inconscient à mon père. Dans les années 50, sculpteur de formation, il a dû abandonner par nécessité ce métier artistique pour se lancer dans la fabrication industrielle d’emballages plastiques contribuant ainsi, malgré lui, à cette vague qui a submergé nos sociétés. Au début des années 2000, inspiré par l’étrange design et la blancheur immaculée de ces emballages, je débute une collection qui grossit au fil des ans et s’installe à demeure dans mon atelier occupant un grand mur qui finit par ressembler à un décor de science-fiction. En 2017 je réalise cette série sur fond noir, avec l’ensemble des pièces. Sauvées d’un destin cruel elles témoignent en creux de notre société d’abondance. Tout a une fin :-)