chemin de croix
"Chemin de croix" est un projet dont l'origine remonte à la fin des années 70. Parti de Milan je m'installe à Paris en octobre ’76. A mon arrivée je suis frappé par la surabondance de pharmacies qui contraste avec le souvenir de leur rareté en Italie à cette époque. Cette prolifération pharmaceutique continue, pendant toutes ces années, de m’interroger . C'est fin 2018 que je réalise comment ces enseignes non seulement font partie du paysage parisien mais, la nuit tombée, le transforment. Rues façades, passants baignent dans ce vert éclatant d'une primaire vérité. Ça clignote, ça montre la voie, ça rappelle qu’on n’est jamais à l’abri d'en avoir besoin. Ayant gardé intact mon amour pour cette ville je me dis que Paris, qui m'a si cordialement accueilli, me donnait l'occasion de lui rendre hommage. L’idée d’un parcours balisé dans la ville, qu'on a rarement l'occasion de s'infliger sauf à vouloir se recycler en taxi, fait son chemin. Résultat des courses : 3 hivers consacrés à sa réalisation, 20 arrondissements parcourus de long en large, 878 pharmacies visitées 28.976 photos réalisées ( les images affichées ci-dessous représentent une petite sélection des 4 premiers arrondissements, editing in progress....)
polystyrènes
Conçus pour protéger, les Polystyrènes sont des non-objets dont l’utilité s’efface aussitôt leurs hôtes sortis de l’emballage. Espèce en voie de disparition leur espérance de vie est éphémère. Blancs comme des ossements, traces fantomatiques pas assez fragiles pour être absorbés par la nature ils se dégradent lentement dans nos paysages sans disparaitre pour autant. Comment ces témoins des produits qu'ils protégeaient peuvent être jetés, oubliés, ne plus exister dans nos mémoires ? Leur présence ici témoigne de nos échanges pendant cette période d’insouciance écologique qui a marqué l’ère du tout plastique. Les voilà sacralisés par la photographie, chacun portant en lui le mystère de l'objet qu'il protégeait nous rappelant en creux une étape de notre société d'abondance.
Tout à une fin....
billworld
C'est lors de mes déplacements à Milan pour mon projet "Interférences" que j'ai réalisé à quel point la ville était peuplée d'images publicitaires s'affichant comme des apparitions dans le paysage urbain. Le rapport d'échelle des objets, personnages et visages exposés ajoute une dimension supplémentaire à l'étrange sensation que ces panneaux provoquent au quotidien. En partant de là j'ai collectionné, au fil de mes voyages, cette série de montres géantes, visages et personnages surdimensionnés, créant ainsi une sorte d'iconographie religieuse du culte de la consommation.
interférences
Interférences est un projet inspiré par mon vécu des années 50-60, quand, allant à pied à l’école, je me demandais s’il y avait une raison pour que le ciel de Milan soit partagé en de si nombreuses formes géométriques. Le chemin de l’école dans cette ville industrielle ressemblait plus à un parcours balisé qu’a l’insouciance de l’enfance. Adolescent cette toile d’araignée avait disparu de mon esprit mais il m’était impossible, en photographiant la ville, de l’éliminer du paysage. Alors un jour, quelques années plus tard je me dis que, remettre au premier plan cet incroyable réseau de câbles me réconcilierait avec cette enfance milanaise forcée.
polaroids
Depuis les années 70 je photographie essentiellement des natures mortes en studio avec des chambres de grand, voire de très grand format. Cette pratique très exigeante oblige à une certaine rigueur et une grande concentration qui confine parfois à une sorte d’autisme. En 1990 Polaroid sort, pour mon grand bonheur, un nouveau modèle appelé en France « Image Elite Pro ». Il utilise des films d’un nouveau format et offre de nombreuses fonctionnalités comme la superposition d’images. Il permets également de réaliser des plans serrés à l'aide d'accessoires séparés. Bref un petit bijou qui ajoute à l’instantanéité du procédé une technologie inattendue pour ce type d’appareil. Je le découvre dès sa sortie et j’en tombe tout de suite amoureux, son utilisation est totalement à l’opposée de mes habitudes de studio et devient une sorte de thérapie sur une période de 10 ans ( 1990 / 2000 ). Des centaines d’images de voyages, balades, paysages, famille, amis ou personnages rencontré par hasard. Le développement immédiat de l’image oblige, pour une surimpression, à réagir vite, sans réfléchir, en cherchant à proximité le second sujet. Le résultat est souvent inattendu, fruit du hasard et de drôles d’associations d’idées. L’inconscient se retrouve expulsé par les rouleaux du Polaroid et la relation avec le sujet devient une sorte de jeux et de partage.